Production locale. Le succès des Fablabs souligne les échecs du gouvernement | L’Humanité

Production locale. Le succès des Fablabs souligne les échecs du gouvernement | L’Humanité

 

Production locale. Le succès des Fablabs souligne les échecs du gouvernement

Dans toute la France, le réseau des fab labs a œuvré à fournir par milliers du matériel adapté aux soignants. Une réussite qui met en exergue les échecs du gouvernement et l’importance de produire local maintenant. Et après.

Environ 250 000 visières ont été produites par impression 3D ou découpe laser en France depuis le 18 mars 2020 a recensé, à la date du 21 avril, sur son site, le Réseau français des fablabs, ces laboratoires de production ouverts au public et régis par une charte éthique. « Cette impressionnante production réalisée et distribuée par plus de 5 000 “makers” bénévoles et 100 fablabs est sans précédent à l’échelle nationale », raconte Sylvain Lapoix, coprésident de la coopérative Pointcarré à Saint-Denis. Que ce soient des coopératives, associations ou entreprises, la mobilisation a avant tout été locale. « On avait deux imprimantes 3D et une découpeuse laser qui dormaient dans les locaux, au début du confinement. J’ai posté une annonce en ligne pour produire à notre échelle des visières de protection. Un salarié des médiathèques de Plaine Commune nous a répondu qu’il y avait aussi des imprimantes 3D dans les médiathèques, idem dans certains lycées. Depuis, on a une dizaine d’imprimantes, auprès desquelles une quarantaine de bénévoles se relaient pour fournir jusqu’à 150 visières par jour », poursuit Sylvain Lapoix.

La coopérative offre ainsi du matériel de protection adapté. En lien avec l’hôpital Delafontaine, le CH de Saint-Denis, ils ont fait homologuer la sécurité de leurs visières réutilisables. La coopérative appelle directement les services hospitaliers, des Ehpad locaux mais aussi les associations qui distribuent de la nourriture aux réfugiés, pour avoir une idée réelle de l’ampleur des besoins. « Quand on apprend que l’État n’est pas fichu de lancer une production de masques et de visières en France digne de ce nom, alors qu’une Scop de Saint-Denis peut le faire à son échelle, cela questionne, on pallie une insuffisance institutionnelle caractérisée », déplore Sylvain Lapoix. Lorsque des commandes d’hôpitaux d’autres départements ont commencé à affluer, la coopérative Pointcarré a transmis les commandes au réseau des fablabs, qui se sont tous mobilisés.

« Notre mission, relocaliser »

« Il n’y a pas de coordination nationale, tout est local », explique ainsi Nicolas Bard, cofondateur du réseau Make ICI, né à Montreuil, qui regroupe désormais des manufactures collaboratives dans plusieurs villes de France. « Il a fallu une crise pour que la France comprenne les capacités d’innovation et de production du réseau de fablabs. C’est notre mission de relocaliser. » Des centaines de masques et visières sont produits chaque semaine dans ce réseau de fabrication distribuée. À Nantes, l’entreprise Dulse a aussi rejoint le mouvement avec ses imprimantes 3D professionnelles, habituellement dédiées à l’industrie automobile et aéronautique. L’« encre » utilisée est composée de matériaux recyclés, le plastique des commerçants locaux et les déchets biosourcés, comme des coquilles Saint-Jacques et d’huîtres. « On a donné 2 000 visières au CHU et aux Ehpad publics, se réjouit Yann Lebleu, son fondateur. Nous sommes partis de modèles open source (dont les plans sont disponibles pour tous sans droit d’auteur – NDLR), que nous avons améliorés avec les étudiants de l’École centrale de Nantes et les médecins. Là, on est en train d’adapter un modèle à destination des besoins des chirurgiens-dentistes. Et puis on fabrique des embouts pour utiliser les masques de plongée Decathlon sur les respirateurs de l’hôpital. »

Tous fournissent leurs produits gratuitement. Mais uniquement aux services publics. « On ne voulait surtout pas qu’une commande payante d’une clinique privée puisse avoir la priorité sur les besoins d’un CHU », explique Sylvain Lapoix. Tous ces acteurs ont été contactés par les collectivités locales, pour équiper les agents municipaux en vue de la sortie du confinement. 400 visières devraient être fournies à Montreuil. Saint-Denis aimerait aussi en doter les petits commerçants. Cela relance un débat politique au sein des fablabs. « Certains voulaient dès le début voir le gouvernement se planter, que le Covid soit une leçon cinglante sur l’échec des politiques libérales, mais on ne pouvait pas laisser sans aide les soignants en première ligne », assure Sylvain Lapoix.

À la pointe de l’efficacité

Tous espèrent en tout cas que la réactivité et les capacités de production des fablabs ne seront pas oubliées. Que les imprimantes 3D ne seront plus considérées comme des gadgets. « Il faut renforcer les moyens et le maillage de nos tiers-lieux de production, en milieu rural, dans les centres de villes moyennes délaissés, espère Nicolas Bard. Produire local, ce n’est pas relocaliser une usine de dizaines de milliers de mètres carrés peuplée de robots. Au moins l’artisanat français, lui, n’appartient à personne. »

Yann Lebleu enfonce le clou : « Quand il s’agit de produire gratuitement, les grands groupes y vont à reculons. On les voit communiquer sur leurs actions de solidarité, alors qu’ils n’ont encore rien fait. On le sait parce que certains nous ont demandé des prestations. » Ou quand la solidarité écrase la rentabilité sur le terrain de l’efficacité.

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