A Sens comme ailleurs, la solidarité s’organise. De plus en plus de particuliers et d’entreprises locales fabriquent, notamment grâce à l’impression en 3D, des masques et des visières de protection contre le coronavirus, distribués gratuitement.

Déjà investis localement avec la livraison de viennoiseries à destination du personnel soignant de Sens, les bénévoles de la Table Ronde 144 de Sens ont décidé de « compléter l’élan de sympathie » en fabriquant des visières.

« L’initiative est venue de mon patron, explique Anthony Lourenco, président du club service, qui travaille chez Ulmann à Saint-Valérien. L’entreprise nous fournit la matière première et ce sont les tableurs qui assemblent les visières. »

« Tant qu’il y aura des besoins, on continuera »

Dans les ateliers de l’entreprise, les visières sont découpées dans des plaques de PMMA (plexiglas) avec une adaptation très proche du modèle mis en ligne gratuitement par l’université de technologie de Belfort-Montbéliard. « Nous avons la capacité de produire beaucoup de pièces, plusieurs centaines assez rapidement, mais la phase d’assemblage est assez significative », décrit Anthony Lourenco. Pour preuve, la pose manuelle d’une tige en caoutchouc pour protéger le front du porteur de la visière.

L’objectif du club service est d’arriver à produire environ un millier de visières. « Dès la publication de notre projet sur notre page Facebook, nous avons été sollicités par de nombreux professionnels de santé, affirme le président. Tant que l’entreprise pourra fournir de la matière première et tant qu’il y aura des besoins, on continuera. Le plus important reste l’effort commun, pour que tout le monde puisse être équipé. »

Agir quitte à perdre de l’argent

La jeune entreprise sénonaise Senaxes, spécialisée dans l’impression 3D, met elle aussi ses moyens techniques au service de la générosité. Kévin Lassaunière et Jason Roulleau, ses fondateurs, ont déjà fabriqué « 1.500 visières de protection » depuis le début de l’épidémie.

« On avait le choix : soit on ne faisait rien, soit on prenait sur nos fonds propres et on agissait, quitte à perdre un peu d’argent », explique Kévin Lassaunière. Senaxes a ainsi puisé dans ses ressources pour acheter de la matière première, notamment des plaques de PVC transparent, auprès de ses fournisseurs.

« Très vite, on a lancé un appel sur les réseaux sociaux. Des bénévoles nous ont rejoints et nous avons reçu des dons. » L’atelier de couture Clutch, notamment, s’occupe de coudre les élastiques des visières, et la papeterie des Deux Ponts a offert des plaques de plexiglas. Une solidarité essentielle, d’autant plus que Senaxes a encore « une liste d’attente d’environ 1.500 visières ».

Adaptation de masques de plongée

Les particuliers aussi prennent part à cet élan. Habitant de Villebougis et passionné par l’impression 3D, Alexandre Tomczyk a pris l’initiative de contacter directement l’hôpital de Sens. « Je leur ai proposé d’imprimer en 3D des pièces qui s’adaptent en sortie de respirateurs à un masque de plongée », explique-t-il. Une fois conçues, ces pièces ont été fabriquées en série par les lycées de Sens, qui disposent de plusieurs imprimantes 3D.

De son côté, Alexandre Tomczyk s’est concentré sur l’adaptation du même masque de plongée pour protéger le personnel soignant, en y ajoutant une pièce fabriquée en 3D qui permet de poser un filtre afin de respirer. « 200 ont été produits en une semaine », rapporte-t-il.

Les réseaux sociaux pour faire le lien

Pour faire le lien entre les moyens techniques et les besoins, le Paronnais Julien Richard a créé la page Facebook des « Makers contre le Covid 89« . Au départ centrée sur le Sénonais, elle regroupe désormais une quarantaine de particuliers et d’entreprises sur l’ensemble du département, qui peuvent imprimer en 3D, fabriquer des visières, faire de la couture etc.

« J’ai une entreprise d’impression 3D. Comme c’est mon métier, je suivais ce qui se faisait dans les autres pays. Petit à petit, je me suis dit qu’il fallait créer un groupe local. Il a très rapidement grossi et s’est structuré naturellement », rapporte Julien Richard.

Plus de 1.900 visières ont déjà été distribuées, notamment via le réseau des pharmacies. « Actuellement on termine une commande de 400. On a encore 1.800 visières en attente de production. »

Julien Richard se dit lui-même surpris de l’ampleur du mouvement, qu’il avait imaginé au départ uniquement sénonais. « Je n’avais pas anticipé. Mais c’est vraiment bien, ça crée des liens. Il y a sans aucun doute des choses qui vont perdurer après cette crise. »

Cécile Carton et Antoine Compigne
sens.yr@centrefrance.com

Source: Coronavirus : ces Sénonais qui utilisent l’impression 3D pour fabriquer des visières de protection – Sens (89100)